Sunday, March 06, 2011

Arrêt sur images - "Pour la modernisation d'une société, l'islam n'est pas le problème"

Arrêt sur images - "Pour la modernisation d'une société, l'islam n'est pas le problème": "Après avoir accueilli notre invité à sa façon, Didier Porte salue avec fracas la façon dont Nicolas Sarkozy et l'UMP témoignent de leur respect pour la laïcité en France… pour le plus grand bonheur d'Emmanuel Todd ! (acte 1)

Dans leur livre, Todd et Courbage décrivaient l'entrée du monde arabe dans la modernité, en se fondant sur l'analyse de statistiques. 'Dans la conclusion du livre, nous disions clairement qu'il serait très étonnant que le développement de la liberté et de la rationalité dans la sphère familiale n'amène pas à des bouleversements dans l'ordre du politique', rappelle notre invité. Mais ils n'avaient pas vu venir, ou en tout cas, pas décrit, les révolutions par la rue qui viennent de se produire, remarque Daniel. 'Il y a truc bizarre, rétorque Todd. Les gens sont épatés, alors que des jeunes dans la rue qui foutent en l'air un régime, c'est le gros de l'Histoire', c'est un processus classique pour un historien. Y compris le changement de bord de l'armée.

Il explique ensuite en quoi trois indicateurs sont fondamentaux pour repérer l'instant où un pays entre dans la modernité : forte hausse du taux d'alphabétisation, baisse du taux de natalité, et, moins classique, baisse du taux de mariages endogames, c'es-à-dire entre cousins… Rien de bien original dans les deux premiers critères, souligne Todd, 'c'est la routine des démographes'. Mais le dernier critère lui semble très particulier au monde arabe, où l'endogamie est traditionnellement très importante. Ce qui avait permis aux coauteurs du livre d'expliquer pourquoi la transition démocratique des pays arabes ne s'était pas faite, malgré un fort taux d'alphabétisation et une natalité relativement faible. (acte 2)

Alors, Todd est-il un prophète ? Mais au fait, c'est quoi, un prophète ? Anne-Sophie a plongé dans l'étymologie pour essayer de l'expliquer. Occasion de tester les qualités de l'historien : comment voit-il l'évolution au Maroc et en Algérie, les deux pays du Maghreb où les régimes semblent toujours bien en place ? 'La plupart des paramètres qui ont permis la révolution en Tunisie sont très proches dans les autres pays du Maghreb', constate-t-il, sans s'avancer davantage. En revanche, il éclaire un autre point commun : le rapport avec la France, qui explique pour une bonne partie, selon lui, l'avancée du développement de ces pays. 'Le lien de contrôle effectif de la France sur ces pays' a été très court, mais un lien a été créé, et 'une communauté culturelle' a perduré, avec 'des allers-retours incessants' entre les deux pôles. Et malgré un 'retard de l'alphabétisation', 'l'impact de la France a mené à une énorme avance démographique' du Maghreb par rapport au reste du monde arabe. Il explique finalement que selon lui, 'la crise islamiste' qu'a connue l'Algérie dans les années 1990 pourrait correspondre, en fait, à la première révolution, très en avance mais négative et finalement avortée, de cette région du monde. (acte 3)

Selon Todd, un obstacle à la démocratisation se dresse dans certains pays réunissant les critères qu'il a recensés comme étant déterminant : 'la rente pétrolière'. Le cas de la Libye est symptomatique. Malgré un taux de fécondité de 2,7 enfants par femme (la barre fatidique étant fixée à 3, selon lui), l'Etat n'y dépend pas de la population pour sa survie. Avec l'argent du pétrole, 'vous pouvez acheter autant d'armes et de mercenaires que vous le voulez, et constituer un appareil répressif qui échappe totalement à la population'. La rente pétrolière est 'la raison pour laquelle le régime Kadhafi hurle, tue et crie encore', bien que la population ait fait sa transformation.

Et Daniel pose alors une question que Todd se débrouille pour ne pas aborder frontalement dans son livre : quid du rôle de l'islam dans la modernisation, ou non, des sociétés arabes ? 'Le bouquin essaye de voir si la variable religieuse est importante pour expliquer les évolutions démographiques', assure Todd, avant de balancer : 'L'islam, en tant que religion en général, ne sert à rien au démographe : il y a d'autres facteurs' plus utiles. Mais il précise que la distinction entre pays pratiquant l'islam sunnite et l'islam chiite lui semble fondamentale : 'Le chiisme accélère les processus' de transformation, car il juge que 'le monde est injuste' et est plus ouvert 'au débat et à l'interprétation des textes'. (acte 4)

Alors, 'comment expliquer la polarisation du débat français sur l'islam?', interroge Daniel. La réponse fuse : 'Je pense que nous, on est dans une société malade' et que les gens 's'excitent sur un problème qui n'existe pas

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