Friday, December 24, 2010

Le Figaro - International : «En Irak, nous ne célébrerons pas la messe de minuit»

Le Figaro - International : «En Irak, nous ne célébrerons pas la messe de minuit»: "En Irak, nous ne célébrerons pas la messe de minuit»

Mots clés : Église catholique, chrétiens, terrorisme, IRAQ, Mgr louis Sako
Par Jean-Marie Guénois
24/12/2010 | Mise à jour : 12:13 Réactions (35)
Mgr Louis Sako : «L'attentat de Bagdad était politisé, j'en suis persuadé. Il a été préparé avec soin.»
Mgr Louis Sako : «L'attentat de Bagdad était politisé, j'en suis persuadé. Il a été préparé avec soin.» Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro
INTERVIEW - L'archevêque chaldéen de Kirkouk, Mgr Louis Sako, décrit le traumatisme des chrétiens irakiens.

La communauté chrétienne en Irak a compté jusqu'à 1,5 million de membres. Elle est aujourd'hui forte de 850 000 personnes, sur 30 millions d'Irakiens environ. Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk (nord), était récemment de passage à Paris.

LE FIGARO. - Après l'attentat qui a fait 68 morts dans une église de Bagdad en octobre , comment abordez-vous les fêtes de Noël cette année en Irak ?

Mgr Louis SAKO. - C'est la première fois que les chrétiens se sentent découragés. L'atmosphère est celle d'un deuil. À Bagdad, le massacre a été très choquant pour les chrétiens, et pour tous les Irakiens qui ont réagi avec force contre cette attaque. À Kirkouk, nous ne célébrerons pas la messe de minuit. Ce sera la même chose à Bagdad et à Mossoul. On ne sait jamais. La police n'est pas professionnelle - et parfois infiltrée par les extrémistes. C'est ce qui est arrivé pour cet attentat : la veille, les barrières de sécurité avaient été déplacées ; le jour même, la police n'est pas venue… C'étaient là des signes. Il faut les voir. Nous n'avons pas le droit d'exposer la vie des fidèles au danger.

Peut-on parler d'un Noël de terreur ?

De peur, plutôt. Le mot de terreur est trop fort. La terreur, c'est quand tout est fini. Avec la peur, l'espoir subsiste. Tout n'est pas noir, il y a une petite lueur dans la nuit.


Le nouveau gouvernement pourra-t-il assurer votre sécurité ?

Malheureusement, dans le gouvernement ou au sein des partis politiques, chacun agit pour son intérêt. Après la chute du régime (de Saddam Hussein, NDLR), une mentalité horrible s'est créée entre les Irakiens chiites, sunnites, arabes, turkmènes, kurdes, assyro-chaldéens. Je ne dis pas que le régime précédent, séculier et dictatorial, valait mieux, mais je constate cette division profonde du pays. L'Irak est riche et chaque groupe veut en avoir le plus possible.

Comment expliquez-vous l'attentat de Bagdad ?

Cet attentat était politisé, j'en suis persuadé. Il a été préparé avec soin. Je ne dis pas que c'est nécessairement le gouvernement, mais il y a des forces et des groupes qui ont peut-être profité de cette période transitoire pour leur propre intérêt.

Vous n'évoquez pas la responsabilité des groupes religieux extrémistes ?

Concevoir les plans est une chose. Les exécuter en est une autre. Pour exécuter une attaque, on peut toujours trouver des gens. Soit des fondamentalistes, soit des voleurs, soit des criminels. Ce n'est pas toujours «la religion» qui les motive. Certes, les fondamentalistes pensent que tous ceux qui ne sont pas musulmans doivent soit se convertir à l'islam, soit être éliminés, tués ou chassés. Mais il ne faudrait pas oublier une chose : les Irakiens, après trente-cinq années d'État séculier, sont ouverts, par nature. Les musulmans y sont modérés. Ces mouvements fondamentalistes viennent de l'extérieur.

Cet attentat a tout de même été signé par al-Qaida ?

Je ne suis pas con­vaincu qu'il s'agisse d'al-Qaida. Où sont les preuves ?

Vous croyez à une machination politique ?

Je le pense, oui.

Dans quel but ? Les chrétiens ne gênent personne sur le plan politique…

Le conflit actuel a pour objet la lutte pour le pouvoir. Elle se déroule à la fois entre chiites et sunnites, et sur un plan ethnique. Les chrétiens ne sont pas au cœur de l'enjeu !

Alors pourquoi les attaquer ?

Le pays va vers la division. On ne sait pas où mettre les chrétiens, il faut les pousser ailleurs. On parle de la plaine de Ninive (à l'est du pays).

Quelles lignes de conduite donnez-vous aux fidèles ?

Il ne faut pas penser à la manière occidentale. Chez nous, les gens sont restés très attachés à leur foi chrétienne et à l'Église. Ils sont conscients qu'être témoin, c'est être martyr. Dans ces difficultés et même en cas de mort, je n'ai pas le droit de dire aux gens de partir ou de rester. Mais j'ai la responsabilité de leur dire quand il y a danger.

De quelle aide les chrétiens irakiens ont-ils besoin ?

Le plus important n'est pas la religion, qu'on soit chrétien ou pas chrétien ! Il faut défendre la vie, la protéger sans savoir si la personne est chrétienne ou musulmane. La communauté internationale doit protéger les droits de l'homme et œuvrer contre la violence des groupes fondamentalistes, mais sans faire la guerre.

Quel est votre message de Noël 2010 ?

Pour moi, ce Noël est très «faible». C'est un enfant qui n'a pas de forces. Et je pense à cet enfant de la cathédrale de Bagdad qui s'appelle Adam. Face à la mort de son père, il a crié : «Cessez» ! Il avait 3 ans et demi, ils lui ont tiré dessus, ils l'ont tué… Cet enfant que nous contemplons à Noël va devenir adulte pour défendre les autres.

(avec Élisabeth Caillemer du Ferrage)

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